Aubervilliers : La Commune, un théâtre sous tension

article paru dans l’Humanité du 24 septembre 2018

lundi 24 septembre 2018

La CGT a déposé un préavis de grève depuis le 20 septembre. Vives dissensions entre une partie du personnel et la direction.

Jeudi dernier, ouverture de saison au théâtre d’Aubervilliers avec la reprise du Dom Juan mis en scène par Marie-José Malis. Une centaine de personnes sur le parvis venues soutenir les personnels en grève. Au fronton du théâtre, une banderole sur laquelle on peut lire : « Cette grève n’a pas été votée. Nous sommes fatigués des mensonges et du travail de sape. Les salariés restés au travail dans ce lieu innovant, fiers et heureux de la beauté du projet. »

Que se passe-t-il donc dans ce lieu si emblématique, ce théâtre d’Aubervilliers symbole de la décentralisation en banlieue, fondé par Gabriel Garran et Jack Ralite ? Et dont le nom, la Commune, n’est pas dû au hasard. Le feu couvait depuis des semaines. Un courrier daté du 4 juillet 2018 signé par 11 salariés à l’adresse des tutelles (ministère, département et mairie) dénonçait une situation « grave ». Pêle-mêle, ce courrier déplorait « le manque de concertation, les consignes divergentes, des tentatives de division au sein de l’équipe, l’agressivité de la directrice, la remise en question des compétences des personnels et leur capacité à porter le projet ». La CGT a donc déposé pour le 20 septembre un préavis de grève, comme c’est la règle, pour permettre à chacun de se déterminer en conscience et en toute liberté… Le 12 septembre, une lettre, signée par plus d’autres salariés, dénonce une grève décidée unilatéralement par la déléguée CGT, et regrette d’avoir à « dépenser (notre) énergie à devoir désamorcer la guerre menée aux salarié·e·s heureux de travailler à la Commune et fiers de faire leur travail consciencieusement ».

La grève étant reconductible, elle se poursuit. Jointe au téléphone, Marie-José Malis s’indigne d’une « objection continuelle de la CGT » et parle d’une « hystérisation du conflit ». Malis dirige non seulement le centre dramatique national (CDN) d’Aubervilliers mais préside aux destinées du Syndéac, le syndicat des employeurs qui regroupe les directeurs de CDN, ceux des scènes conventionnées et de compagnies. Elle estime que c’est là « la stratégie habituelle de la CGT contre le Syndéac ». Interrogée par nos soins, Angeline Barth, numéro 2 de la CGT spectacle, réagit vivement à cette dernière accusation : « Jamais nous n’avons agi de la sorte. C’est scandaleux de dire cela. » Quel intérêt la CGT aurait-elle à se mettre à dos les employeurs du service public de théâtre face au ministère de la Culture ?
Défaut d’interlocuteur au ministère

Depuis l’arrivée de Marie-José Malis à la Commune, douze ruptures conventionnelles ont été signées. « C’est très peu, estime-t-elle. Quatre ou cinq d’entre elles résultent des tensions imposées par la déléguée syndicale. » Sophie Lopez, c’est elle la déléguée syndicale. Responsable de la billetterie, elle travaille à la Commune depuis de très nombreuses années. « Lorsque Marie-José est arrivée, nous avons senti un souffle nouveau. Son projet était enthousiasmant. Comme elle le souhaitait, nous avons tous fait des propositions qui, très vite, étaient retoquées, ignorées. Un sentiment de mépris à l’égard de tous ceux qui étaient là (des permanents – NDLR) bien avant elle. Des gens ont commencé à partir. C’est normal que certains décident d’aller travailler ailleurs, mais pas dans ces proportions. »

Après un conflit, grosso modo pour les mêmes motivations, au CDN de Béthune, celui d’Aubervilliers témoigne d’une situation tendue à maints endroits, dans les théâtres, dans les Drac, contraints de naviguer à vue faute d’interlocuteur au ministère, dans un périmètre budgétaire toujours plus contraint. Pour l’heure, pas de négociations en vue. Toutefois, comment le ministère de la Culture, silencieux, bien silencieux, peut-il continuer à faire comme si de rien n’était ? Ne serait-il pas de sa responsabilité de servir de médiateur dans cette affaire ? À moins que, Rue de Valois, on laisse à bon escient les choses s’enliser, s’envenimer, pourrir…

Marie-José Sirach

25 Messages

  • Aubervilliers : La Commune, un théâtre sous tension Le 30 septembre 2018 à 09:26, par julien

    10 jours que le théatre est agité par un conflit social et pas une communication que ce soit de madame la maire ou de son adjoint à la culture. Vraiment Aubervilliers n’est plus Aubervilliers. J’ai mal pour Jack Ralite.

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  • Flop Le 1er octobre 2018 à 08:40, par Retraité

    Logique lorsque vous vous voyez que les travaux de la zac au fort devait commencer depuis bien longtemps malgré x réunions que faut il espérer ???

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    • Manque d’initiative Le 1er octobre 2018 à 19:34

      Le Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, centre dramatique national (CDN), connaît une crise sans précédent qui oppose une partie du personnel à la direction du théâtre. Communiqués alarmants, appel à la grève, parano ; on n’avait jamais vu ça dans ce théâtre qui fut pionnier en région parisienne. Les jours passent, la situation est de plus en plus pourrie. Que fait le Ministère, premier bailleur de fonds ? Rien. Si Jack Ralite, ancien maire d’Aubervilliers et figure respectée et entreprenante du théâtre français, était encore là, armé de citations en forme de fusées éclairantes, il aurait mis tout le monde autour d’une table. A tout le moins pour parler, y voir clair. Le Ministère ne bouge pas. Le SYNDEAC non plus, la directrice du Théâtre de la Commune étant la présidente de ce syndicat des patrons du théâtre public. La CGT du spectacle soutient les grévistes.

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  • Aubervilliers : La Commune, un théâtre sous tension Le 4 octobre 2018 à 22:09, par le concombre masqué

    Les soutiens à la grève d’une partie du personnel du Théâtre de la Commune se développent.

    Hier mercredi, Philippe Martinez est venu sur place apporter au plus haut niveau le soutien de la CGT au personnel gréviste.

    Des élus municipaux d’Aubervilliers étaient présents.

    Il est temps que la Municipalité d’Aubervilliers s’exprime officiellement sur ce conflit qui dure depuis trop longtemps. Elle pourrait se porter médiatrice entre la direction du théâtre (qu’elle subventionne) et les salariés grévistes.

    Et surtout, faire pression sur le ministère de la culture, principal financeur du théâtre (centre dramatique national), pour qu’il sorte de son silence et prenne toutes les dispositions pour qu’une solution soit le plus rapidement trouvée à cette crise qui menace gravement l’avenir de ce prestigieux théâtre !

    Créé en 1965 par Gabriel Garran et Jack Ralite, tout doit être fait pour le sauver !

    Qu’en pense Madame Nyssen, Ministre de la culture ?

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  • Peut-être que la municipalité ne sait pas qu’il y a un conflit au théatre de la commune !

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  • Aubervilliers : La Commune, un théâtre sous tension Le 26 octobre 2018 à 13:48, par Coup de pied de l’âne ou pieds dans le plat ?

    Dider Bezace accuse ...
    Salarié.e.s du Théâtre de La Commune en lutte·Vendredi 26 octobre 2018
    Resté sur la réserve jusqu’ici, Didier Bezace met en cause l’attitude de Marie-Josée Malis qui lui a succédé à la direction du théâtre de la Commune : « Ce projet qu’on dit radical est en réalité mortifère, écrit-il à La Lette du Spectacle.

    “Je crains que l’éloignement délibéré d’un large public rassemblé pendant plusieurs années autour du théâtre et découragé par le manque de générosité artistique soit le premier acte de l’abandon d’une conquête populaire fondamentale.”
    Il lui reproche de manquer à son devoir de protection des personnels : “Madame Malis dénonce, au mépris de la plus élémentaire discrétion, la maladie d’un membre de son équipe. Ce procédé est écœurant et scandaleux. En fait, la manœuvre est claire, il s’agit de faire porter à une partie de son équipe, celle qui est chargée de rassembler les spectateurs, l’échec de son projet auprès du public. »

    Il conclut : “Le théâtre de la Commune, jadis au lieu de citoyenneté artistique est entrain de devenir tout le contraire, le repaire d’une dérive sectaire.”

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    • Aubervilliers : La Commune, un théâtre sous tension Le 26 octobre 2018 à 22:17, par pepsy

      Qu’il nous revienne vite Didier Bezace, lui il faisait vivre ce théâtre !

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    • Moi je trouve que Didier Bezace n’est pas très confraternel vis à vis de sa consoeur qui lui a succédé au théatre de la Commune. Il avait pourtant essuyé des critiques, notamment celle de ne pas avoir un théatre ouvert sur les associations thétrales locales, la compagnie Etincelles en particulier. On lui reprochait de s’être éloigné de l’esprit du fondateur, Gabriel Garran, qui parti d’une troupe locale, le groupe Firmin Gémier avait monté ce théatre de banlieue et réussi à en faire une scène reconnue. Certes, Didier Bezace a toujours rempli sa salle, géré d’une main de maitre la programmation et les créations, mais Marie Josée Maelis était elle obligée de faire du Bezace ? D’autres orientations ont été prises avec par exemple la mise en scène de sans papiers qui ont joué leur propre aventure de migrants habitants dans des conditions épouvantables. Formidable aventure artistique pour ce public en phase avec les réalités locales et qui bouscule les standards d’une scène nationale, telle qu’on la conçoit. Mais n’est ce pas là aussi le rôle du théatre ? Il me semble que les projets d’amélioration du cadre de travail du théatre rendus possibles par les J.O. 2024 ont été travaillé par la directrice du théatre et la municipalité. Il me semble légitime d’en savoir un peu plus sur ces orientations, qui traduisent une réelle volonté politique. Est-ce celà qui est à travers les revendications d’une partie des personnels mis en cause ? Puisque une autre partie des personnels semble adhérer au projet...
      En tout cas, il y a besoin de clarification

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      • Grève sur scène Le 28 octobre 2018 à 09:20, par Mockinpot

        Moi au contraire, je trouve que c’est salutaire que Bezace vide son sac.
        Le Théâtre, lieu d’ouverture et d’échange est aujourd’hui entre les mains d’une secte avec pour gourou le philosophe Badiou (Bad You). Je suis allé par intérêt voir la programmation autour de Mai 68, du cinquanteanire, et je me suis retrouvé au miliue d’une petite troupe d’illuminés qui se délectaient d’un film à la gloire des Khmers Rouges et de Pol pot ! Sans aucun recul. Et que dire de la démagogie ultime de faire du théâtre un lieu d’accuil des migrants : les responsables bien payés, bien subventionnés peuvent se donner bonne conscience d’autant que le soir les limousines uberisées les ramènent dans leurs confortables lofts des quartiers sécurisés de la capitale.
        Ce n’est pas une directrice qui a été nommée à la direction du théâtre, mais une videuse : en trois ans, les spectateurs ont fuit sa radicalité de pacotille. 30 000 spectateurs à l’année avec Bezace, moins de la moitié aujourd’hui.
        Et avec une municipalité qui vient de voter des liasses de crédits pour refaire la salle selon les bons vouloirs de la videuse !
        La maire n’y voit pas Mallis ?

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        • Grève sur scène Le 28 octobre 2018 à 10:03

          Merci à Grève sur scène de votre réponse. Sur la question des migrants, je trouve qu’évoquer la bonne conscience des responsables "ubérisés" est un peu courte. Le rôle de l’art est aussi d’anticiper les évolutions sociétales afin d’ouvrir les consciences et la question des migrants avec la question climatique est le grande question du XXIème siècle. Bien évidemment, elle n’occulte pas la question sociale à laquelle elle est liée, pour peu qu’on n’oppose pas les deux, et là, il y a du boulot... Qu’on puisse ne pas apprécier le traitemement artistique de Marie Josée Maellis de cette question, je peux le comprendre, mais le reproche de de la faire entrer dans la sphère artistique me parait contestable. Quoiqu’il advienne du futur, passer cette ouverture par les fenêtres constituerait un rendez vous manqué. N’entrons pas dans le schéma qui opposerait les professionnels du spectacle (qui ont des revendications qu’il faut entendre) à des migrants, à l’image de ce qui se passe dans le reste de la société. Qu’une scène nationale s’empare du sujet est tout à son honneur. L’enjeu consiste aussi à attirer un autre public que celui des "spectateurs parisiens ubérisés" au théatre, et là, je partage votre inquiétude sur la fréquentation du CDN.

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          • Grève sur scène Le 29 octobre 2018 à 08:57, par Scène de grève

            Vous avez tort d’opposer un théatre qui incarnerait le repli sur les valeurs permettant à un public "ubérisé" de venir à Aubervilliers, que symboliserait Bezace et un théatre ouvert sur les réalités qui dérangent du monde d’aujourd’hui que symboliserait Maellis. L’activité théatrale a beaucoup été déployée du temps de Bezace en direction des établissements scolaires (Lycée le Corbusier, Collège Jean Moulin) et permis notamment à des élèves de se produire sur scène, et de bénéficier d’un plateau technique de premier plan. C’est autre chose que de faire uniquement des pièces à destination des scolaires, qu’il faut faire aussi.

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  • Y’a toujours grève au théatre de la commune ?

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    • Ben oui ! y a toujours grève, ils attendent un communiqué de la maire

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      • Y’a toujours pas de communiqué ?

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        • Y’a toujours pas de communiqué un mois après ? C’est à peine croyable !

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          • La Mairie d’Aubervilliers qui propose que les deux tutelles (ville et ministère) jouent les médiateurs pour sortir « par le haut » selon les mots de l’adjointe à la culture d’Aubervilliers.

            Le rôle de Médiateur est chargée de résoudre des désaccords. Donc un communiqué sortirait la ville de son rôle de médiateur.

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            • Aubervilliers : La Commune, un théâtre sous tension Le 27 octobre 2018 à 14:13, par Pas de précipitation

              Et pourquoi pas produire un communiqué exprimant la position de la ville qui consisterait à proposer que les deux tutelles à savoir ministère de la culture et ville sont disposés à mener une médiation dans le conflit du théatre ?

              L’intérêt serait déjà de dire qu’il existe un ministère de la culture (le syndicat des artistes en doute à en lire la couverture de Plateaux-sept 2018, « Y-a-t-il un ministre de la culture dans la salle, »). Et accessoirement, cela montrerait qu’il existe une délégation à la culture à Aubervilliers, à moins que le cabinet avec sa clairvoyance et son savoir-faire ne gère en direct.

              Un mois après le début du conflit, ce serait sans doute trop tôt ! Et sans doute cela hypothéquerait le plan municipal !!!

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              • Oula. Y’a trop de sous entendu et peut être un peu de parano pour comprendre le message au dessus.

                Ce que j’ai compris de la part de l’élue à la culture et il suffit de discuter avec elle tranquillement, c’est une médiation pour sortir par le haut.

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                • Aubervilliers : La Commune, un théâtre sous tension Le 27 octobre 2018 à 18:31, par Pas de précipitation

                  Ou la la... Entièrement d’accord, surtout laissons le temps à la médiation d’ébaucher sa mise en place... Un mois à l’échelle d’une vie, c’est court... Mais ça nous change des communiqués habituels, dégainés plus vite que leur ombre !

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                  • Depuis le 20 septembre, une partie des personnels du CDN d’Aubervilliers a cessé le travail et dénonce des méthodes de management violentes, contre-productives et inefficaces. La municipalité ne peut se contenter de faire une offre de médiation. La maire d’Aubervilliers est par ailleurs en charge de la culture au conseil départemental, en gardant le silence sur ce conflit elle contribue à le laisser pourrir et ce n’est pas très glorieux. Quarante jours que ça dure, Jack Ralite aurait remué ciel et terre pour sortir de cette situation.

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  • Aubervilliers : La Commune, un théâtre sous tension Le 29 octobre 2018 à 10:28, par Alors ?

    Tout ça ne nous fait pas venir le communiqué de la municipalité !

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    • Aubervilliers : La Commune, un théâtre sous tension Le 30 octobre 2018 à 06:33, par Grève des communiqués

      Ne tirons pas sur l’ambulance ! Selon le journal de la CGT spectacle dont la couverture est consacrée à la grève du théâtre, un article signale toutefois que la maire d’Aubervilliers attendrait une réponse de la ministre pour engager une médiation en commun ! Comme quoi, on ne peut pas dire que la municipalité est totalement passive. En outre, le journal rappelle la formule de Martinez "l’exception culturelle ne justifie pas l’exception sociale", mettant la responsabilité davantage sur le ministère de tutelle et la directrice que sur la ville.

      Mais pourquoi donc la ville si prompte à communiquer sur tout et surtout à communiquer ne communique-t-elle pas ? Peut-être fait elle le choix d’éviter une communication aussi désastreuse que celle qui a valu pour le retard de la ligne 12 ? Mais en un mois, elle avait le temps de réfléchir...

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