Des noms pour éveiller les consciences

chronique publiée dans l’Humanité le 2 juillet 2018

lundi 2 juillet 2018

À Aubervilliers, CDC habitat refuse de donner les noms de Malik Oussekine ou Maurice Audin, proposés par la mairie, à une résidence étudiante.

Anne Frank aurait pu avoir pour voisin Malik Oussekine, mais ce symbole ne verra – vraisemblablement – pas le jour.

La division logement de la Caisse des dépôts et consignations (CDC Habitat) a accepté de donner le nom proposé par la municipalité de la jeune juive allemande morte en mars 1945 en camp de concentration, et dont le journal a marqué des générations entières, à une des deux résidences étudiantes (300 logements livrables en septembre) que sa filiale Efidis construit autour du futur campus Condorcet d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).

Mais la municipalité s’est vu refuser pour la deuxième résidence le nom de Malik Oussekine, étudiant franco-algérien mort sous les coups de policiers pendant le mouvement contre la réforme Devaquet, en décembre 1986. «  Trop contemporain  », aurait répondu la direction, selon la mairie communiste, qui remarque que CDC Habitat avait accepté ici même de baptiser une autre résidence livrée à l’automne 2015 du nom de Roger Hanin… mort en février de la même année  !

L’argument ne tient pas  ? Qu’à cela ne tienne, «  nous avons proposé le jeune mathématicien, militant anticolonial  » Maurice Audin. Un «  scientifique, humaniste, luttant pour la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes  » assassiné en 1957  : «  de grands scientifiques comme Cédric Villani, médaille Fields  » et député LREM, soutiennent la famille dans sa recherche de la vérité, explique Anthony Daguet, premier adjoint à Aubervilliers. «  Nouveau refus (…) sans explications  », s’indigne la municipalité dans un échange de courriers que l’Humanité a consultés. Est-ce parce que le mathématicien était communiste  ? CDC Habitat préfère «  des noms dépolitisés et consensuels  ». En attendant de trouver le «  bon  » nom à Aubervilliers, la société devrait donc rebaptiser au Raincy sa résidence Maurice-Denis, peintre antidreyfusard et antisémite.

Tania Meller

1 Message

  • Il n’y a pas que des échecs, si pour Aubervilliers c’est pas possible, à Bagneux et à Montrouge c’est acquis.
    Lucie Aubrac et Barbara vont avoir leur station de métro sur la ligne 4 à Bagneux et Montrouge (Hauts-de-Seine). 30.000 votes ont ainsi été recensés pour cette consultation en ligne pensée par Île-de-France Mobilités. « Le vote a été franc et massif pour deux grandes figures féminines françaises originaires de l’Île-de-France et très aimées des Franciliens », se félicite Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France et d’Île-de-France Mobilités.

    La station de la ligne 4 située à Montrouge portera le nom de la célèbre interprète de L’Aigle noir, Barbara. Tandis que, le terminus à Bagneux (Hauts-de-Seine), celui de la résistante Lucie Aubrac. Après la station Europe-Simone Veil baptisée fin mai, il y a dorénavant six stations de métro portant le nom d’une femme.

    Ce prolongement devrait profiter à près de 41.000 voyageurs quotidiens qui sont attendus sur ce prolongement dont la mise en service est prévue pour mi-2021.

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