Intervention de Soizig Nedelec lors du débat d’orientation budgétaire au conseil municipal du 14 février 2018

mardi 20 février 2018

Bonsoir à tous.

En premier lieu je tiens à remercier l’administration pour la clarté des documents, qui apporte l’éclairage nécessaire à une bonne compréhension des enjeux.

Dans le cadre de ce débat d’orientations budgétaires, il est impossible de ne pas faire état du budget national ou plus exactement de la loi de programmation des finances publiques pour les années 2018 à 2022, puisqu’elle impacte directement les collectivités territoriales.

L’année passée, lors du DOB 2017, j’avais fait preuve d’optimisme en espérant la concrétisation de meilleurs choix, qui ne pourrait voir le jour que si une majorité réellement de gauche, rompant avec les logiques d’austérités, sortait victorieuse à l’issue des élections présidentielles et législatives.
Et bien non, on change de gouvernement mais une obsession reste : la baisse des dépenses publiques pour redresser la France qui semble au bord du gouffre, enfin pas pour les actionnaires et les grandes fortunes dont certains sont par ailleurs présents au gouvernement !

On pourrait trouver la situation cocasse si elle n’était pas si réelle : en effet quand la ministre du travail prône la solidarité intergénérationnelle en réagissant aux critiques concernant la hausse de la CSG que subisse les retraités, quand un député de la majorité présidentielle dit publiquement qu’ « il en a marre qu’on parle du pouvoir d’achat » et que dans le même temps on supprime l’ISF, qu’on permet à des grands groupes tels que Carrefour de licencier sous couvert de « départs volontaires » alors que les poches des actionnaires n’ont jamais été aussi rondelettes.

Revenons en tout de même aux conséquences pour notre commune :
A la baisse de dotation de fonctionnement que nous subissons depuis 2014 vient s’ajouter la nouveauté de ce gouvernement : la contractualisation ! On pourrait croire que j’emploi ce terme tel un gros mot, c’est quelque part le cas !
Il s’agit ni plus ni moins que d’un recul de l’autonomie des collectivités locales et d’une destruction programmée des services publics locaux !

La nouveauté avec la contractualisation se traduit bien évidemment par l’instauration d’un cadre normatif et contraignant, assorti de possibles sanctions financières pour les mauvais élèves… Ainsi ce sont les préfets, intronisés « manageurs territoriaux » qui négocieront ces contrats : si les collectivités remplissent leurs objectifs elles bénéficieront d’un bonus sous forme de dotations d’investissement. Dans le cas contraire les collectivités, comme je l’ai dit plus haut, subiront un malus et une baisse de leurs dotations ou un prélèvement sur leur fiscalité.

Personne n’ose le dire ainsi mais c’est bien d’une mise sous tutelle des collectivités qu’il s’agit. Autant vous dire que le préfet qui va arbitrer nos dépenses de fonctionnement n’a pas les mêmes considérations pour les albertivillariens que nous. Non, Aubervilliers n’est pas condamnée à ne faire que « des investissements de pauvres » pour citer cet illustre personnage.

Et pourtant nous n’avons pas chômé pour réduire la dette de la collectivité : nous avons fait de nombreux efforts notamment sur la maîtrise de la masse salariale ou encore sur les budgets des services, comme par exemple la baisse des dépenses de fluides, d’affranchissements, de fournitures administratives ou encore de téléphonie. Tout cela a été possible grâce à une rationalisation et à un gros travail des services, que je tiens à saluer ici ce soir car l’austérité qui nous est imposée ne facilite pas leur travail au quotidien.

Autre fait à notre désavantage avec cette mesure, Aubervilliers (comme toutes les communes concernées par la contractualisation) ne devra augmenter ses dépenses de fonctionnement que d’1.20% par an. Autant dire que lorsque nous sommes une ville comme la notre, en passe de redresser ses finances et qui du coup peut investir pour construire les équipements nécessaires à l’évolution de sa population, se verra sanctionnée sur les dépenses de fonctionnement qui vont de paire avec ces mêmes nouveaux équipements. S’il vous n’y voyez pas là un paradoxe de taille : un nouveau groupe scolaire mais sans gardiens, ni ATSEM, ni agents d’entretien !

Dans les faits : nous serons déjà dans le rouge l’an prochain si ne serais qu’un nouvel équipement est ouvert…
On pourrait m’objecter que la loi prévoit une modulation pouvant aller jusqu’à + 0.45% de ces fameux 1.20%, en fonction de certains critères.
La encore l’incertitude demeure, qui va déterminer si nous sommes éligibles à ces critères et sur quelles bases ?
Encore une fois il s’agit d’une prise d’otages des villes dont la situation est la plus précaire et ce d’autant plus que la population de notre ville n’est pas prise en compte dans son intégralité : l’austérité ne pèse plus uniquement sur la collectivité mais directement sur les habitants.

Je ne voudrais pas non plus trop en rajouter et en même temps comment ne pas s’indigner lorsque l’on voit la souffrance des personnels de santé que ce soit dans les hôpitaux ou bien dans les EHPAD, comment ne pas s’indigner des licenciements à la pelle depuis le passage de la loi dite travail... Le 9 février, le ministre en charge des territoires a annoncé par voie de presse que la loi SRU allait être remise en débat : les villes ne faisant pas l’effort de mixité sociale en construisant des logements sociaux ont du sabrer le champagne ! Je m’en arrêterai là, cependant je mets au défit quiconque de me prouver qu’il ne s’agit pas là d’une lutte des classes ! En marche certes mais en marche pour le retour au XIXème siècle !

Et pourtant malgré tout ce tableau bien sombre il faut bien l’avouer, nous pouvons être fiers du travail accompli. Aubervilliers a de l’avenir et elle le montre chaque jour, nous ne nous laisserons pas dicter notre façon de voir ni d’envisager l’avenir, et comme le dit si bien Mme la Maire « ici aussi nous avons droit au beau ». Nous revendiquerons toujours notre dû n’en déplaise à ceux qui considère que nous mendions.

Soizig NEDELEC
Adjointe à la Maire au logement, à l’hygiène et à l’habitat
Elue du quartier Villette/Quatre-Chemins
Présidente du groupe des élus Communistes, Progressistes, Écologistes et Citoyens