Quelques réflexions sur le premier tour de l’élection législative à Aubervilliers

mercredi 14 juin 2017

L’élection législative du 11 juin 2017 s’est déroulée dans le contexte très particulier dégagé par l’élection présidentielle.

Trois éléments principaux ont en effet émergé à cette occasion :

1 – la progression spectaculaire du vote Mélenchon passé de 20,5% à 41,1% (+20,6 points) ;

2 – le recul considérable du vote socialiste passé de 42,7% à 8,6% (- 34,1 points) ;
3 – l’installation d’un vote Macron à 22,6%.

En 2012 dans le cadre d’une participation à l’élection législative en forte baisse par rapport à la présidentielle (-28,36 points) les résultats s’étaient globalement situés dans les courants dégagés lors du scrutin présidentiel.

Le parti socialiste et ses alliés n’avaient progressé que de 0,18 point (42,88% contre 42,7%), la candidature de P. Le Hyaric (Front de gauche) n’avait reculé que de 0,13 point (20,37% contre 20,5%).

Cette situation ne s’est pas reproduite en 2017 en raison du puissant mouvement aspirant ayant affecté le vote macroniste (Aïdara) dans la foulée de la présidentielle et de l’existence des candidatures concurrentes de P. Le Hyaric et B. Lachaud qui pouvaient être nourries par le vote Mélenchon.

Quels mouvements de vote entre les deux élections enregistre t-on en 2017 dans le contexte d’une abstention extrêmement élevée qui constitue une donnée majeure du scrutin aussi bien national que local ?

A Aubervilliers elle représente en effet plus des deux tiers des inscrits ce qui est considérable. Dix bureaux de vote se situent au-dessus du chiffre moyen de 68% et 14 bureaux en dessous. A l’école Langevin elle atteint 77%, à Joliot-Curie 73.4%, à Gérard Philippe 72,4%. Le bureau de vote qui enregistre le taux d’abstention le plus « faible » est le bureau n° 15 (Ecole Stendhal), où le taux se situe à 60.5%.

Ces niveaux d’abstention posent de grands problèmes d’analyse, en eux-mêmes d’abord mais aussi par les effets qu’ils provoquent concernant l’interprétation qu’il convient de donner aux chiffres. Ils rendent très difficiles la comparaison avec les scrutins antérieurs.

Il faudra essayer de comprendre la signification de l’abstention dès que seront connues des analyses d’ensemble sur ce point mais l’ampleur du phénomène et le fait qu’il affecte particulièrement l’électorat qui avait voté en faveur de Jean-Luc Mélenchon paraît dégager deux pistes d’analyse :

- le retrait du vote des couches sociales les plus populaires,

- les effets de la division malgré une campagne sans agressivité.

Ceci dit, en raison de la montée de l’abstention, tout le monde perd des voix sauf EELV qui n’avait pas de candidat à la présidentielle.
LRM perd 1 723 voix et stagne à 22,5%,

le parti socialiste perd 552 voix mais progresse de 3.18 points,

LR perd 886 voix et recule de 1.58 point,

le FN perd 1 421 voix et recule de 2.93 points.

La chute en voix et en % la plus spectaculaire concerne les votes issus du socle Mélenchon. Le recul en voix par rapports à la présidentielle est de 4 671 soit 9,8 points. L’électorat qui s’était exprimé lors de la présidentielle pour JL Mélenchon s’est massivement retiré dans l’abstention et s’est réparti à 60% sur le vote en faveur de la FI et à 40% sur le vote en faveur de P. Le Hyaric.

A la présidentielle comme à la législative gauche et extrême gauche avoisinent à peine les 50% ce qui est très bas et trouve son origine principale dans l’effondrement du vote socialiste.

Les résultats obtenus par chacun des principaux candidats appellent les commentaires qui suivent :

- Le vote Aïdara (LRM) est globalement élevé mais marqué par de très forts contrastes : 39.7% à Jean Macé et 20.6% à Firmin Gémier.

- Patrick Le Hyaric (PCF/Front de gauche) perd la moitié des voix obtenues en 2012 et connaît de très médiocres résultats. A Manouchian 6,6% seulement se portent sur son nom et le 9e Bureau (E. Finck) ne lui donne que 28%.

- Le vote Guigou (PS) est lui aussi très mauvais. Elle perd 3 616 voix et 31 points /2012 Dans le 9e bureau (Finck) son % tombe à 6,7%.

- Le vote FI (Lachaud) s’étage entre 14% à Solomon et 25% ( à Langevin). Il n’est devancé par P Le Hyaric que dans trois bureaux de vote.

- Le vote FN est en recul de 1 421 voix (-2.9 points).

La question politique principale posée au lendemain du scrutin me paraît être la suivante : a-t-on affaire à une situation ponctuelle ou bien à l’installation d’une recomposition durable ?

Le deuxième tour de l’élection législative, s’il n’infirmera pas les logiques lourdes du premier dégagera peut être cependant quelques enseignements sur ce point.

André Narritsens

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