Une tribune de Jack Ralite, Meriem Derkaoui et Lucien Marest

La culture et le quinquennat

mercredi 1er mars 2017

Une tribune de Jack Ralite, Meriem Derkaoui et Lucien Marest publiée par l’Humanité mercredi 1er mars 2017

Audrey Azoulay la dernière ministre de la culture du quinquennat Hollande sera le 1er mars au théâtre "La Commune" à Aubervilliers.

Le ministère organise au centre Dramatique National que dirige Marie-José Malis une initiative intéressante : "l’Art de la Rencontre", inventer de nouvelles relations entre les citoyens et la culture.

On peut dire que cet intitulé porte l’une des préoccupations historiques de tout le mouvement progressiste pour la culture depuis le Front Populaire jusqu’à aujourd’hui en passant par toute la longue lutte associant la décentralisation théâtrale, la liberté de création, des financements réels à commencer par le 1% du budget de l’Etat à la culture, toujours revendiqué, et jamais atteint, pas même en 2017 malgré une forte augmentation et les proclamations de la Ministre.

Une augmentation qui vient après de lourdes amputations en 2013 (-4,3%) et
2014 (-2%) et qui triche un peu avec les chiffres puisque en 2017 on fait entrer dans les comptes du ministère de la culture des fonds jusqu’ici alloués par le ministère du travail et des taxes affectées, des crédits d’impôts qui figuraient déjà dans le budget du ministère des finances. Si l’on efface ces regrettables manipulations, le bilan des gouvernements socialistes sur 5 ans n’est pas brillant. Malgré une faible inflation, en euros constants, à périmètre d’intervention identique, la baisse réelle du budget du ministère de la culture est de 2 %, Et cela n’est qu’une partie du désastre.

On le sait la part des collectivités territoriales dépasse en investissement et en fonctionnement largement les 50% des financements de la culture au plan national.
Or cette majorité quinquennale à diminué de 11 milliards sur 3 ans les dotations de
l’Etat aux collectivités territoriales. Aubervilliers, qui compte la population parmi les plus pauvres du département a vu sa dotation d’Etat amputée de 18,5 millions d’euros en 3 ans.

C’est un coup de massue terrible qu’un authentique gouvernement de gauche devra corriger d’urgence ! Déjà des festivals sont supprimés, déjà des lieux artistiques sont fermés, trop souvent les subventions de la culture sont les premières à être sacrifiées et pas seulement par des élus de droite. C’est l’emploi artistique qui est désormais globalement menacé ; et qui peut l’être encore plus, si le nationalisme et l’utra-conservatisme qui soufflent fort sur l’élection présidentielle de 2017 remettaient en cause le budget d’Etat qui permet de maintenir le statut des intermittents.

Bref, la principale vertu de cette rencontre organisée par la ministre de la culture est de donner la parole à des artistes qui par leurs actes, leurs pratiques cherchent à transformer les rapports des publics aux arts. La qualité des intervenants, la pluralité des disciplines, l’évidence de leurs expériences montrent que le monde culturel, malgré tout, ne baisse par les bras, ne renonce pas.

Mais les oeuvres sont intransigeantes et ce qui peut aussi améliorer leur appropriation par le plus grand nombre c’est d’abord le recul des inégalités sociales et territoriales qui ont tendance à exploser en ces temps où la précarité, le chômage de masse, les bas salaires, le culte de la violence, l’idéologie asservissante du divertissement la dégradation du travail, rendent difficile et quelquefois impossible une nouvelle rencontre entre le peuple, comme on dit, et la culture.

Que le quinquennat qui s’annonce nous débarrasse déjà de cette absurdité dogmatique de l’austérité et déjà un premier pas sera possible contre toutes les ségrégations qui appauvrissent la culture.

Pour ouvrir cette voie nouvelle à gauche, une chose est sûre, il faut s’unir.

Aubervilliers, le 27 février 2017

Jack Ralite, Meriem Derkaoui, Lucien Marest