La Maladrerie et ses terrasses-jardins à la croisée des chemins (1ère partie)

jeudi 3 novembre 2016

La cité de la Maladrerie occupe dans l’imaginaire d’Aubervilliers une place spéciale. Elle a été bâtie à la fin des années 1970 à la place d’une ancienne zone où, dans un dédale d’allées assez glauques, triomphait la « chiffe ». Elle s’est imposée d’emblée comme un défi à la médiocrité qui régentait alors à peu près partout le logement social.

Une utopie concrète

Le projet, puis sa réalisation, ont fait émerger une utopie concrète qui entendait changer la vie : aucun appartement ne ressemblait à un autre, les formes déployées à partir des figures combinées du triangle et du parallélépipède s’enchâssaient dans un dédale de circulations. La cité s’ouvrait à l’art en intégrant des ateliers d’artistes. Le végétal devait y dominer grâce aux presque mille terrasses-jardins qui s’emboîtaient dans les appartements.

Un tel projet supposait de trouver appui auprès de ceux qui allaient l’habiter. Tels étaient les rêves d’il y a trente cinq ans maintenant. Jack Ralite avait soutenu tout cela et mobilisé pour cette réalisation les grands architectes Jean Renaudie et Renée Gailhoustet.

Les hostilités à la Maladrerie

Le projet de la Maladrerie n’avait pas reçu que des soutiens : d’aucuns considéraient qu’il était trop beau pour Aubervilliers, que cette cité coûtait d’emblée et coûterait très cher, d’autres qu’il visait à accueillir une élite (voire une « aristocratie rouge » !). Des bruits couraient sur l’impossibilité d’installer du mobilier classique en raison de la rareté des pièces à angles droits. Bref des forces diverses voyaient la Maladrerie d’un mauvais œil.

Au fil des ans les motifs d’hostilité se sont déplacés. Lorsque surgit la « crise énergétique » le tout électrique de la cité fut décrié et, surtout, lorsqu’au début des années 1990 la crise attaqua la vie de beaucoup, propulsant chômage et précarités, il se créa un affaissement moral qui fit reculer les ambitions des origines et une certaine gangrène de trafics s’installa. Au début des années 2000 la cité subit une violente attaque concrétisée par une vague organisée et à base maffieuse d’occupations illégales de logements sociaux.

Face à l’OPH défaillant, des habitants se sont mobilisés

Disons le clairement, au cours de ces années de plomb l’OPH n’a pas bien défendu la Maladrerie. Il a considéré la cité comme une autre, n’a jamais mené d’action de formation à l’usage des logements végétalisés, a cédé à des réflexes de grave conséquence lorsque sont apparus des signes de vieillissement. La végétalisation, de manière totalement infondée, a été rendue responsable des problèmes d’étanchéité et on a donc entrepris de daller des terrasses sans états d’âme. Face à ce désastre annoncé des habitants se sont mobilisés et ont entrepris de faire face. L’association Jardins à tous les étages a été constituée à la charnière de la décennie 1990. Depuis lors elle se bat, en conformité avec les ambitions des origines et son action a empêché le pire.

Aujourd’hui elle est confrontée à un nouveau défi de grande ampleur : la remise en étanchéité d’un nombre important de terrasses qui pose à nouveau la question de la terre et du mode de vie dans la cité.

André Narritsens