Compte-rendu de la soirée "La crise n’est pas finie" du 18 novembre 2008

samedi 22 novembre 2008

Mardi 18 Novembre, une cinquantaine de personnes se sont réunies à l’école Edgar Quinet pour venir écouter Nasser Mansouri-Guilani, syndicaliste spécialiste des questions économiques. Thème de la soirée : la crise économique. Avec trois questions à l’ordre du jour : comment la crise est-elle née ? Est-elle réellement terminée ? Quelles solutions politiques pour mettre fin à ces crises systémiques qui secouent périodiquement le monde entier ?

Rappelant l’empressement du gouvernement français à voler au secours des banques - 360 milliards d’euros mobilisés, ce qui représente 30 ans de salaire pour 1 million de scmicards, à mettre en regard de la volonté de ne plus augmenter le SMIC au delà des minimums légaux – Nasser Mansouri-Guilani montre dans un premier temps que la crise que nous subissons aujourd’hui est avant tout une conséquence de la récession sociale. Faiblesse des salaires, des pensions, des allocations, essor de la précarité et absence de redistribution des profits, la part du salariat dans le PIB a diminué de 10 points depuis les années 80. La récession sociale entraîne une baisse de la demande. Les actionnaires exigeant désormais 15% de rentabilité sur leurs investissements, les entreprises n’ont pas d’autre choix que de se tourner vers des activités financières. On parle de « financiarisation de l’économie ». Très vite, les placements financiers remplacent l’investissement productif, alimentant encore un peu plus la récession sociale. C’est un cercle vicieux et c’est l’origine de la crise, que NMG qualifie de « systémique » tant il est évident qu’elle est inhérente au système capitaliste lui-même. Pour preuve : cette crise fait suite à d’autres crises semblables : crise asiatique de 1995 et crise de la nouvelle économie (2000).

Un moyen artificiel de relancer la demande est de favoriser le crédit et donc l’endettement des ménages. Aux États-Unis, les banques ont massivement accordé des prêts à risque à des ménages non solvables : ce sont les fameux « subprimes ». Les banques comptent alors sur l’« effet de richesse » : si un ménage achète une maison à crédit et que la valeur du bien augmente, le ménage pourra rembourser le prêt. Le problème, c’est que l’immobilier américain s’est rapidement effondré, laissant des milliers de ménages sur la paille ! Les banques ayant une capacité de crédit limité (par leur fond de réserve), elles transforment leurs créances en titres qu’elles revendent à des spéculateurs. Elles peuvent ainsi effectuer de nouveaux prêts. Et c’est ainsi que la crise s’est propagée dans le monde entier, entraînant toutes les banques européennes dans la récession.

Peut-on faire quelque chose contre la crise ? NMG rejette l’idée que l’injection d’argent public dans les banques suffira à soigner le système. Selon lui, il faut « changer de système ». Comment ? D’abord et surtout en revalorisant le travail. Fustigeant le « travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy, NMG recommande des hausses de salaires, une meilleure reconnaissance des qualifications et une amélioration des conditions de travail. Il propose également d’investir massivement dans la recherche public et d’augmenter les investissements productifs.

Tout cela est-il possible ? Où trouver l’argent ? NMG propose de réorienter les 30 milliards d’euros versés touts les ans aux entreprises au titre des allégements de charges. Il y a aussi un manque à gagner énorme du fait des niches fiscales qui profitent aux foyers les plus riches. Par ailleurs, il est impératif que les travailleurs soient associés à la définition des objectifs et puissent contrôler l’utilisation de ces fonds. Ensuite, il faut réfléchir à une autre utilisation des crédits bancaires et moduler les taux d’intérêt en fonction de l’usage des crédits. Il faut aussi créer un pôle financier public pour financer les projets à caractère social. Rien ne sera obtenu sans une forte solidarité internationale des travailleurs. NMG note sur ce point quelques avancées significatives notamment grâce à internet et grâce à la création de « fronts syndicaux internationaux ».

Il conclut son exposé en rappelant que le G20 n’a aucune légitimité pour gérer la crise puisque les dirigeants des pays qui le composent sont les principaux responsables de la situation.

La parole est ensuite donnée au public pour une série de questions. En voici quelques unes (liste non exhaustive) :

- Les caisses sont-elles vides ? Où l’État va-t-il trouver 360 milliards ?

Nasser Mansouri-Guilani : Les caisses sont peut-être vides. Mais s’il y a urgence, on peut toujours emprunter et c’est d’ailleurs ce que fera l’État pour secourir les banques. Lorsqu’on nous dit que les caisses sont vides, on nous culpabilise. Elles sont vides mais pas pour tout le monde. Qui plus est, il est toujours possible d’augmenter les impôts. NMG évoque d’ailleurs l’injustice des impôts indirects (non progressifs). Il fustige le rapport Pébereau (2005) qui se fixe comme objectif la réduction de la dette sans tenir compte des investissements (rentables à long terme et/ou répondant à une urgence sociale). Ceci étant, la dette est un problème car ses intérêts deviennent comparables au budget de l’éducation nationale.

- Les citoyens ont-ils un rôle à jouer dans cette crise ? Sont-ils responsables ?
- Que faut-il penser du rôle de la bourse ? Ne peut-on pas s’en passer ?
- Ne devrions-nous pas quitter l’union européenne ?
- Les communistes n’ont-ils pas un devoir de pédagogie face à la crise ?

Nasser Mansouri-Guilani : Effectivement, il faut multiplier ce genre d’initiatives. Concernant la bourse, le problème n’est pas son existence mais son utilité qu’il faut repenser. Les comportements individuels (petits actionnaires) ont certainement eu un impact mais la crise est systémique. NMG précise qu’il n’est pas contre l’Europe mais qu’il défend un projet européen alternatif. Il faut s’attendre à des heures difficiles et il va falloir lutter pour exiger un plan de relance. Mais attention aux effets pervers : il faut des objectifs clairs. Il propose enfin la mise en place d’une sécurité sociale professionnelle (continuité du contrat de travail) contre les licenciements.

Ce fut donc une soirée très positive. Nasser Mansouri-Guilani s’est montré d’une très grande clarté sans sacrifier à la complexité du contenu. Chacun en est ressorti avec les idées plus claires sur la crise économique que nous traversons et qui, vraisemblablement, ne sera pas la dernière.

D.R.

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