Discours à la mémoire des martyrs du 17 octobre 1961 : Vérité et Justice

lundi 17 octobre 2016

La municipalité d’Aubervilliers, à la mémoire des martyrs d’octobre 1961, a organisé un rassemblement près de la passerelle de la Fraternité.
Ce fut l’occasion de rappeler l’engagement des communistes pour exiger la vérité et la justice de ce crime d’Etat.
Après les discours, du Consul d’Algérie, M. Mahmoud Massali, de la Sénatrice, Evelyne Yonnet, des partis politiques, de Madame la Maire, Mériem Derkaoui et de l’association 93 au Coeur de la République, nous avons effectué un lancer de ballons et déposé des gerbes.

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Voici le discours prononcé à cette occasion par Aurélie Le Meur, secrétaire de section d’Aubervilliers du Parti communiste français :

Cinquante cinq ans après le 17 octobre 1961, nous sommes rassemblés sur cette place pour ne pas oublier et pour honorer la mémoire des centaines d’algériens arrêtés, battus et assassinés suite aux ordres du Préfet de police de l’époque, Maurice Papon.

Le 17 octobre 1961, à l’appel de la Fédération de France du FLN, des milliers de travailleurs algériens, pour la plupart venus reconstruire la France de l’après-guerre, et leurs familles ont décidé de rejoindre la manifestation pacifique. Leur objectif était d’obtenir la levée du couvre-feu injuste et inconstitutionnel, et le droit à l’indépendance pour l’Algérie.

A cette date gravée à jamais dans la sombre histoire de notre pays et les jours qui suivirent, des milliers d’algériens ont été victimes d’une sanglante répression par des policiers et des centaines ont été jetés à la Seine, par dessus les ponts.
La France, pays des droits de l’Homme, en plein cœur de sa capitale, dans l’ignorance la plus totale, fut le théâtre d’un massacre collectif dont de nombreux albertivillariens et certains de mes camarades ici présents ont été témoins et n’ont cessé de dénoncer.

Pendant plus de cinquante ans, ce crime d’État était un tabou. Officiellement la France n’avait rien vu, rien entendu. Ce n’est qu’en 2012 que la France fait un premier pas vers la reconnaissance des massacres du 17 octobre 1961.

Le crime d’État enfin évoqué et les travaux de nombreux historiens, dont ceux de Jean-Luc Einaudi, ont dressé l’essentiel. Mais cette année encore, une lourde chape de silence complice et honteuse pèse encore sur ces actes abjects contre les patriotes algériens. Les pouvoirs politiques se gardent bien de révéler certains éléments, notamment ceux de la responsabilité des exécutants.

Cette avancée tardive est la victoire de tous les militants anticolonialistes, de tous ceux, qui comme les communistes, exigeaient la vérité de ce massacre et de ce que l’on nomme enfin la guerre d’Algérie. Mais le combat, notre combat n’est pas terminé !
Il faut désormais obtenir la déclassification des archives pour que la vérité sur la responsabilité du pouvoir politique, du préfet de police de l’époque, Maurice Papon, des exécutants, puisse être totalement mise en lumière et une reconnaissance autre que celle d’un discours du Président de la République.

Jean Texier, reporter photographe à Avant garde, puis à l’Humanité, qui nous a quittés récemment, auteur de la photographie « ici on noie les algériens » sur les berges de la Seine, a immortalisé à jamais ce massacre. Nous ne pouvons la regarder sans qu’elle nous déchire le cœur, sans qu’elle nous indigne. Elle nous donne la force d’affronter hier pour rester debout aujourd’hui.

A l’heure où des forces obscures veulent nous diviser, provoquent le racisme, cherchent à réhabiliter les prétendus bienfaits de la colonisation, où la stigmatisation et la déshumanisation sont toujours à l’œuvre, pour les Roms il y a peu, pour les français de foi musulmane ces derniers mois, pour les « migrants » ces derniers jours, que certaines communes rejettent avec haine, notre devoir collectif est de continuer le travail de mémoire essentiel pour les jeunes générations, pour construire une société plus juste, plus libre, une société de paix.

C’est pourquoi, nous n’oublions pas ces femmes et ces hommes qui ont perdu la vie pour avoir manifesté dignement, pour que cesse l’humiliation de la colonisation, pour le respect, pour l’égalité et l’indépendance de leur pays.

Comme le demandait le célèbre poète algérien feu Kateb Yacine au peuple français : "vas-tu te taire ?"
Notre rassemblement est une réponse : jamais ! Aujourd’hui nous continuons d’exiger la vérité et la justice. En mémoire des martyrs d’octobre 1961 et c’est le souhait de notre parti depuis toujours.


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