L’hommage de Meriem Derkaoui à Jacques Salvator

jeudi 17 mars 2016

Voici le texte de l’hommage rendu par Meriem Derkaoui lors des obsèques de Jacques Salvator place de la mairie le 16 mars.

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale, cher Claude Bartolone,
Mesdames les Ministres, Chère Marisol Touraine et chère Emmanuelle Cosse,
Monsieur le Préfet,
Monsieur le Directeur de Cabinet du Président de la République,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires, chère Evelyne, chère Elisabeth Guigou, cher Patrick Le Hyaric,
Monsieur le Président du Conseil départemental, cher Stéphane Troussel,
Mesdames et Messieurs les maires,
Cher Nicola Khamis, Maire de Beit Jala, notre ville jumelée de Palestine
Cher Morad Bissaha, Maire de Bouzeguene,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les présidents des mouvements associatifs,
Mesdames et Messieurs les représentants des partis politiques, cher Jean-Christophe Cambadélis,
Mesdames et Messieurs, chères albertivillariennes et chers albertivillariens,
Mesdames et Messieurs, chers amis et camarades,

Il me revient comme Maire d’Aubervilliers de saluer la mémoire de Jacques Salvator, notre collègue du conseil municipal, décédé vendredi dernier et qui fut maire de notre ville de 2008 à 2014.

Ce conseil municipal Jacques Salvator le connaissait depuis 1989 quand il y fut élu pour la première fois sur la liste que conduisait Jack Ralite. Jack Ralite, actuellement hospitalisé, qui m’a demandé d’être excusé cette après-midi et qui a tant de souvenirs communs de ses actions avec Jacques.

Cet engagement d’élu local, Jacques Salvator ne l’aura jamais abandonné même durant les moments les plus difficiles de ces deux dernières années qui furent pour lui et ses proches, pour Evelyne, deux années de combat contre la maladie.

Si cet engagement pour lui était naturel, c’était un choix réfléchi et construit sur les orientations politiques et militantes de ses jeunes années. Une vie militante continuellement réinterrogée et renouvelée sur la base des expériences vécues de militant du Parti socialiste et d’élu local, toujours accompagné d’un questionnement jamais refermé sur les défis nouveaux que pose la crise de notre société à l’échelle d’une commune comme sur les défis que la gauche de notre pays se doit aujourd’hui de relever.

Les études de médecine que Jacques Salvator fît furent naturellement pour lui orientées sur le monde du travail et le conduisirent à s’intéresser à la dimension sociale des politiques de santé. Ce qui n’était pas une mince affaire dans les années 70 !

Ces années là furent aussi des années de militantisme syndical qui viendront s’adosser à ses convictions antérieures à la Jeunesse Ouvrière Chrétienne et qui croiseront des engagements politiques au Parti Socialiste Unifié durant plus de dix ans.

Ce creuset militant a été celui d’un enfant et d’un jeune d’Aubervilliers, fils d’immigrés italiens. Ce parcours de jeunesse a été celui de nombreuses jeunes femmes et de nombreux jeunes hommes de ce terroir neuf qu’était la Seine Saint-Denis.

Nombre d’entre eux se retrouvèrent dans les syndicats, les partis politiques de gauche, les associations d’éducation populaire, dans les structures sportives et culturelles de cette banlieue nord de Paris à l’exemple de l’Office Municipal de la Jeunesse d’Aubervilliers et bien naturellement pour un certain nombre dans les conseils municipaux de leurs villes.

Cette génération a porté les espoirs de la gauche dans les quartiers et les cités populaires de nos villes. Elle a porté ses choix anticoloniaux, ses aspirations à une société plus ouverte au monde, plus égalitaire entre les hommes et les femmes, plus généreuse pour les enfants de la banlieue, plus émancipatrice pour les jeunes filles et les femmes, plus solidaire avec les premières générations de l’immigration.

Ces jeunes filles et ces jeunes hommes qui se sont connus à la JOC, à l’Unef, à la Cgt, à la Cfdt, à la F.E.N, le syndicat enseignant, dans un certain nombre de comités d’action et dans diverses tentatives de régénération des forces politiques de gauche, des syndicats et des associations dans les années qui suivirent mai juin 1968, sont parfois restées unis au fil des années.

Ces jeunes femmes et ces jeunes gens se sont aussi parfois séparés du fait de leurs choix partisans. Mais leurs racines et leur ancrage territorial resteront toujours leur point de référence où qu’ils vivent, où qu’ils travaillent, où qu’ils militent.

Cette donnée est particulièrement vraie pour celles et ceux qui comme Jacques Salvator donneront à leurs engagements la belle visée d’être élu local au service des habitantes et des habitants de leur ville.

Enfant d’Aubervilliers, Jacques, devenu conseiller municipal, mettra la connaissance intime qu’il avait de sa ville et de ses habitants au service de l’exercice de ses mandats qui le verront adjoint au Maire de Jack Ralite jusqu’en 2003, puis adjoint de Pascal Beaudet de 2003 à 2008, Maire de 2008 à 2014 puis à nouveau conseiller municipal. Successivement il fut chargé de la santé et des personnes en situation de handicap, puis de la jeunesse et de la politique de la ville avant de devenir Maire. Je me souviens de ses actions comme élu à la jeunesse avec l’OMJA quand moi-même j’étais élue au sport.

Jacques Salvator sera conseiller régional de 1998 à 2004, un mandat où il prit sa part dans le patient et long travail de revendications du prolongement du métro de la Porte de La Chapelle à la Mairie d’Aubervilliers.

Pour ce mandat régional, j’ai bien conscience d’être réductrice en ne citant que ce dossier du métro car je sais que le mandat d’élu local, intercommunal, départemental ou régional, c’est aussi beaucoup d’investissements quotidiens sur ce qu’on appelle des petits projets comme ce que nous appelons des grands dossiers. Leurs points communs et Jacques Salvator était attaché à ce critère d’évaluation, c’est ce qui change concrètement pour les habitants.

Avec cette idée Jacques Salvator aura apporté sa contribution pour que la Région réhabilite de belle façon le lycée Le Corbusier et le lycée Timbaud, le centre de gérontologie Constance Mazier, le square Stalingrad et un nombre important de logements.

Jacques aimait aussi rappeler son engagement de la première heure pour la constitution de la Communauté d’agglomération Plaine Commune. Comme Patrick Braouezec l’a écrit avant-hier, Jacques Salvator s’était mobilisé, il y a plus de dix ans, avec Didier Paillard, maire de Saint-Denis, pour mettre sur pieds un conseil de développement, convaincu qu’il était de la nécessité de donner plus de place aux citoyens dans la construction de notre projet de territoire.

Il fut de 2003 à 2014 vice président de Plaine Commune, notamment chargé des finances, une délégation où son implication rigoureuse fit toujours une place à son sens de l’humour. Si ses collègues garderont cette image de lui, ils se souviendront aussi, qu’au-delà des clivages partisans, Jacques Salvator savait défendre ses points de vue et pousser les dossiers et les projets qui lui tenaient à cœur.

C’est particulièrement vrai pour les projets au long cours où il s’agit de prendre le relai de ce qui a été engagé avant son mandat, de faire le maximum quand on est aux responsabilités et de préparer au mieux les développements ultérieurs qui se concrétiseront dans les mandats suivants.

Disant cela je pense bien sûr aux projets nombreux de transport sur Aubervilliers, la ligne 12, la ligne 15 et le T8, au projet universitaire Condorcet et au projet de Centre aquatique olympique à Aubervilliers-Saint-Denis, quartier du Landy, au développement du quartier de la Porte d’Aubervilliers, à celui du Fort d’Aubervilliers, à l’installation de petites comme de grandes entreprises, aux projets de construction et de rénovation des groupes scolaires.

Sur le plan local, résorber l’habitat insalubre, éradiquer l’habitat indigne, rénover le centre ville a été un axe important du mandat de Jacques Salvator entre 2008 et 2014. Il s’est investi avec force sur cet objectif et il y était particulièrement attaché.

Je sais,pour prendre le relai de Pascal Beaudet, qu’il s’agit toujours d’un objectif essentiel et lourd pour notre commune tout aussi important que la rénovation urbaine en cours de plusieurs quartiers et qui mérite autant d’attention que la programmation et la livraison de logements neufs sur les dix années qui viennent.

En ce sens, la vie politique locale à Aubervilliers appelle ses actrices et ses acteurs à l’humilité, demande opiniâtreté et détermination. Jacques Salvator n’en a pas manqué durant son mandat de maire. Je compte bien faire de même dans le sillage du travail amorcé avec Pascal Beaudet depuis mars 2014, ici, comme je le fais avec lui au département aux côtés de Stéphane Troussel.

Hier Monsieur Waquet, Président de l’établissement public Condorcet et Thierry Mandon, Secrétaire d’Etat chargé de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche ont salué cette contribution d’une ville et de son maire à la marche en avant du projet universitaire du Campus Condorcet à Aubervilliers. Le Président de la République a remis officiellement à Evelyne Yonnet, hier, la Légion d’Honneur attribuée à Jacques Salvator en 2014.

Ces propos, ces actes et ces hommages officiels témoignent de la reconnaissance de la République envers l’investissement d’un homme, d’un militant, d’un élu local au service de sa ville et du bien commun.

Jacques Salvator comptera parmi les femmes et les hommes qui se seront attachés à rechercher le meilleur pour leur commune. Cela n’est jamais simple et ne met pas à l’abri de déconvenues et de déceptions. Mais la recherche du bien commun permet aussi de réaliser individuellement et collectivement de sacrées avancées comme en témoigne Aubervilliers qui grandit avec ses 82 500 habitantes et habitants et qui fait sa place, une place reconnue à l’échelle de la métropole parisienne pour son caractère populaire et frondeur, attachant et innovant.

C’est l’idée d’une ville douce pour toutes les générations qui est chère à toutes celles et à tous ceux qui s’investissent pour Aubervilliers.

Jacques Salvator au travers de ses engagements d’élu et de militant, au travers de chacune des étapes de sa vie, ici, à Aubervilliers, y aura apporté sa pierre avec parfois humour et malice.

Ces derniers temps à l’occasion d’un conseil municipal, ou d’une manifestation publique comme il s’en est tenu après les attentats qui ont touché la nation, ou encore au moment où nous avons adopté des vœux à l’unanimité de notre conseil, puis au moment de mon élection en janvier, il nous est arrivé, à Jacques Salvator et moi-même, d’échanger sur les particularités politiques de notre commune.

Nous nous sommes rejoints alors sur l’idée d’être rassemblés dans ces moments où il est urgent à l’échelle de notre Métropole de trouver les solutions efficaces à la crise qui touche nos quartiers comme il est urgent à l’échelle locale de mieux se rassembler pour avoir les forces nécessaires au développement de notre ville, un développement qui ne doit laisser personne sur le côté, comme il est crucial à l’échelle de la France notre pays de travailler aux urgences sociales et écologiques sur lesquelles les forces de gauche et de l’écologie, les démocrates, tous les progressistes peuvent se retrouver pour redonner des couleurs à la démocratie et à l’implication politique de nos concitoyennes et de nos concitoyens.

Jacques Salvator ne se résignait pas à cet affaiblissement actuel, continu de la gauche.

Le contre-pied optimiste auquel pourrait nous inviter Jacques Salvator pourrait rejoindre les belles idées de paradis sur terre que Jacques évoquait parfois.

Jacques, perché ou pas sur ton vélo, tu nous manques déjà beaucoup.

Chère Evelyne, en ces circonstances particulièrement douloureuses, je tiens à t’assurer une nouvelle fois de toute ma sympathie et de mon amitié en t’adressant, à toi, à ta famille, à tes proches, en mon nom comme au nom de tous tes collègues de notre conseil municipal, de tes collègues de Plaine Commune, mes plus sincères condoléances.

J’adresse un amical et fraternel message de solidarité aux militants et aux élus locaux du Parti socialiste qui ont partagé toutes ces années les engagements de Jacques Salvator dans cette ville et je salue ses camarades élus, anciens et actuels, du département et les militants de sa fédération.

J’adresse aussi ce message aux militants communistes, écologistes, radicaux, aux élus locaux, départementaux et régionaux qui en des moments divers ont partagé les actions et les combats de Jacques.

J’adresse un message affectueux à toutes celles et à tous ceux qui depuis le week-end dernier expriment leur peine et adresse à la famille de Jacques Salvator et à la Municipalité des mots de sympathie et de soutien. Ces messages viennent de tous les quartiers de la ville, d’habitants ou de militants, connus ou anonymes. Ils sont aussi le fait de très nombreux élus des villes voisines, de notre département, de Paris et de ses arrondissements, de la région. Ils viennent également des villes jumelées avec Aubervilliers.
Ces messages sont aussi nombreux en provenance des partenaires de notre Municipalité, du monde économique local et régional, des instances universitaires, des chambres consulaires.

Jeudi prochain, à son ouverture, notre conseil municipal rendra un dernier hommage à l’un des siens qui fut Maire de la ville.

Aubervilliers n’oubliera pas Jacques Salvator.