Séparation de l’État et des religions, liberté de conscience

Laïcité : quels sont les véritables enjeux, plus d’un siècle après la loi de 1905 ?

samedi 5 septembre 2015

Dans ses pages "Débats et controverses", L’Humanité a publié, mardi 1er septembre, une tribune de Marie-José Malis, directrice du Théâtre de la Commune :

"Les conditions concrètes du bonheur commun

Robespierre, on le sait, n’était pas pour l’extermination des prêtres et admettait que le peuple ait besoin de croire en Dieu car, disait-il, si la justice n’est pas réalisée dans ce monde, les humiliés ont besoin de savoir qu’elle aura lieu un jour  ; fût-ce dans l’autre monde. Seuls les aristocrates peuvent au fond se permettre d’être officiellement athées, car ils n’ont pas besoin de la justice.

Si la laïcité est la garantie incorruptible de l’égalité paisible entre toutes les croyances, je crois qu’elle ne devient un problème que quand il nous manque une autre croyance, qui les dépasse toutes  : la croyance dans l’avenir. Je reste marxiste sur ce point et suis convaincue que la tâche de ceux qui croient au communisme doit être de ne travailler à la défense de la laïcité qu’à la seule condition qu’ils soient armés d’une croyance supérieure  : celle que nous pouvons encore transformer la réalité  ; que nous pouvons concevoir et organiser un monde où chacun peut sentir qu’il contribue au bonheur de tous, un monde orienté par une idée et un avenir. C’est la première tâche. Avant toutes les autres.

Sinon, nous aussi, nous serons des aristocrates. Nous aussi, malgré tout, nous ferons la guerre aux pauvres.

La France n’est pas un pays laïque. Elle est au service d’une théologie  : l’économisme. C’est la seule chose qu’il faut voir. Je crois que nous devons seulement travailler à une autre croyance, celle de l’avenir organisé pour le bien de tous. Et que cet avenir n’aura pas besoin de «  prêtres  » parce qu’il sera porté par les gens. Il faut donc partout croire aux gens eux-mêmes, renforcer la capacité des gens à créer par eux-mêmes les conditions concrètes du bonheur commun. C’est le travail de l’art. Il s’accommode de toutes les cultures, de toutes les identités, de tous les rites (personne ne vit et ne se construit sans rites) mais il ne contribue à aucun communautarisme, pas plus qu’il ne prêche pour la laïcité. Il déplace le problème, invente une langue nouvelle, celle de l’avenir, où nous serons tous étrangers, étrangers car neufs dans un monde neuf, et frères."

Marie-José Malis
Directrice du Théâtre de la Commune, Centre national d’art dramatique d’Aubervilliers.