Collège :Une réforme qui risque de détruire plus de postes qu’elle ne va en créer 

jeudi 21 mai 2015

(d’après l’Humanité.fr)

Les enseignants, toutes disciplines confondues, ont manifesté mardi 21 pour exprimer leur opposition aux mesures défendues par la ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem.

Les mesures prévues par Najat Vallaud-Belkacem doivent s’accompagner de la création de 4 000 postes. 
Un chiffre trompeur car il ne s’agit pas de créations net mais d’un simple redéploiement de moyens. À y regarder de près, le solde pourrait même être négatif…

C’est l’un des travers redouté de la réforme du collège. Derrière les flonflons d’une hypothétique «  lutte pour l’égalité  », les mesures envisagées risquent surtout d’être très efficaces pour détruire des milliers de postes. Comme le répète depuis plusieurs semaines Najat Vallaud-Belkacem, «  4 000 postes  » sont consacrés à la mise en place de cette réforme. Un chiffre flou et considéré comme insuffisant par le Snes-FSU, principal syndicat du secondaire, qui évalue les besoins entre 6 000 et 8 000 postes. Surtout, ces 4 000 postes ne sont pas des créations net mais le fruit d’un savant redéploiement de moyens.

Présentées comme une opportunité de lutter contre la constitution de filières élitistes, la suppression des classes bilangues en 6e, la réduction horaire du latin et du grec ou encore la suppression de l’option «  découverte professionnelle  » en classe de 3e, permettent, en effet, au ministère d’économiser de nombreuses heures. Et donc des postes d’enseignants.

Entre 3 000 et 4 000, selon les calculs du Snes-FSU. Soit quasiment le chiffre des «  créations  » annoncées fièrement par Najat Vallaud-Belkacem…

L’addition pourrait même s’avérer encore plus salée. Moins audibles dans les médias que leurs collègues latinistes, les enseignants de technologie tirent aussi la sonnette d’alarme.

Selon la grille horaire tricotée par le ministère, leur discipline perd une demi-heure en 6e et une demi-heure en 3e (1,5 heure contre 2 heures auparavant). Ces demi-heures, qui sont utilisées par les profs de techno pour dédoubler leurs classes, n’ont pas complètement disparues. Elles ont été digérées dans les 3 heures hebdomadaires dit «  de souplesse  » dont la répartition est laissée au bon vouloir de chaque établissement. L’association de profs de techno Pagestec ne se fait pas d’illusion. Ces demi-heures ne leur reviendront pas.

Pour les enseignants de cette discipline, la réforme se traduira donc par la disparition de un septième de leurs heures hebdomadaires. Si l’on considère qu’il y a 15 000 profs de technologie en collège, cela revient à supprimer 2 000 postes…

«  Si vous additionnez les rabotages prévus dans toutes les matières et options, il est clair que cette réforme va détruire plus de postes qu’elle ne va en créer  », prévient Charles Fréou, le président de Pagestec. Sur le fond, les enseignants de technologie sont dépités par le sort réservé à leur discipline. Les demi-groupes, planifiés une semaine sur deux, afin de pouvoir organiser des manipulations et des expériences, étaient une nécessité. «  Cela ne va plus être plus possible  », peste Charles Fréou.

La réforme du collège prévoit aussi en 6e la «  globalisation  » des heures réservées à la techno et aux sciences (SVT, physique-chimie). Une manière de pousser ces profs à enseigner indifféremment l’une ou l’autre de ces matières. Ce genre de pratique existe déjà en 6e et en 5e dans certains établissements. On parle d’enseignement intégré de science et de technologie (EIST). Mais les promoteurs de ces EIST reconnaissent, eux-mêmes, que cela n’a aucun impact mesurable sur la réussite des élèves. En revanche, cela permet aux chefs d’établissement de pallier plus facilement le manque d’enseignants dans l’une ou l’autre de ces matières. Et donc de faire des économies…

Laurent Mouloud

1 Message

  • En 1923,en CM2, il y avait 12 heures de français minimum par semaine, en 1977 il n’y en avait plus que 9 heures et en 2002 6 heures. (source « le petit musée des horaires »)

    En 1977,en 6eme il y avait six heures de français minimum par semaine et en 2011 il n’y en avait plus que 4 heures et 30 minutes. (source « le petit musée des horaires »)

    Il n’y a pas photo, on voit par ces deux exemples que progressivement la maîtrise du français ne peut favoriser que les enfants dont les parents ont fait des études supérieures ou ceux qui ont les moyens de payer des heures de rattrapage en français pour compenser et aider leurs enfants dans l’apprentissage de la langue française. Il y a bien une ségrégation de couches ou classe sociales dés le début de la scolarité.

    Répondre à ce message