Jack Ralite : "Charb rêvait d’un monde où le peuple serait populaire ! "

dimanche 18 janvier 2015

Ecoutez l’ancien ministre communiste qui a rendu un magnifique hommage à Charb, rappelant les convictions fortes en manière de justice sociale et de liberté des peuples qui guidaient le crayon de son ami.

Ouvrant son hommage en citant Aragon, l’ancien ministre communiste a profondément touché l’assistance par ces mots :

"Contre le chant majeur, la balle, que peut-elle ?

Sauf contre le chanteur, que peuvent les fusils ?

La terre ne reprend que cette chair mortelle

Mais non la poésie !"

Les premiers mots de l’allocution de Jack Ralite sont : "je t’aime Charb..." la suite en audio ici

Et trouvez ci-après l’intégralité de son discours :

"Chacune, chacun d’entre vous,

J’aimais CHARB et je veux lui offrir à l’instant de son grand départ quatre vers d’Aragon. Ecoutez.

« Contre le chant majeur, la balle que peut-elle
Sauf contre le chanteur que peuvent les fusils
La terre ne reprend que cette chair mortelle
Mais non la poésie »

CHARB, cet homme qui aimait lever le poing, antiraciste scrupuleux, était un poète qui chantait avec ses dessins.

Cet humble et grand monsieur au crayon malicieux et décapant parlait avec des traits noirs sur des pages blanches. Il dessinait rond mais il pensait aigu. Il restera dans nos mémoires parce qu’il fit de ses croquis fulgurants la probité de l’art. Avec son crayon rieur, il atteignait l’élémentaire de la vie comme l’eau, l’air, le feu, la terre. Sa démarche était profonde, son écho fut immense. Il disait : « Je n’ai pas l’impression d’égorger quelqu’un avec mon feutre ». Il ressemblait à ce que Roger Vaillant appelait « la singularité d’être français ». Il avait « la faculté d’irrespect mêlée à une grandeur d’âme ».

Il « osait ». Il était hanté par le « droit à l’existence » pour tous comme l’énonça Robespierre.

Cela le conduisait à souffrir,
- Qu’un enfant rom n’ait pas droit à une sépulture,
- Que des immigrés soient abandonnés par centaines sur des bateaux en méditerranée devenue tombeau pour des centaines d’entre eux,
- Que des jeunes de banlieue se soient révoltés en 2005 et que les puissants l’aient si vite oublié,
- Que la Palestine reconnue depuis plus de 60 ans par l’ONU ne connaisse que le sort tragique de sa population occupée,

Voilà ce que criaient entre autre ses caricatures - éclats de rire. C’était un homme des hauteurs qui se compromettait sans cesse avec la personne humaine.

Il était malheureux de voir le Monde s’abandonner aux différences indifférentes aux autres différences. Il était -c’est si rare- un « singulier collectif ».

Dans notre société blessée par la « sensure » et la « castration mentale » selon Bernard Noël, CHARB était toujours sur la brèche avec une insolence folle d’humanité et pensait toujours dans l’instant à réagir.

Si ce n’est pas moi alors qui ?
Si ce n’est pas maintenant alors quand ?

Ces deux questions décisives et les réponses suggérées, dessinées qu’il y donnait doivent nous inspirer et nous conduire à l’action sans peur et sans haine.

Devant son cercueil douloureux, engageons-nous à ne plus jamais nous taire, dans l’esprit de cette pensée salvatrice et courageuse de professeurs du lycée Le Corbusier à Aubervilliers : « Ceux qui ont tué sont des enfants de France ; alors ouvrons les yeux sur la situation pour comprendre comment on en arrive là et quelle part y avons-nous ».

CHARB était un urgentiste de la dignité. Contre ceux qui veulent la liberté pour le mal et sont prêts à tous les crimes, opposons notre exigence de liberté pour le bien.

CHARB notre inoubliable ami, comme ses 4 autres compagnons dessinateurs assassinés, était un souffleur de conscience. Il nous a fait jubiler dans un monde désapprouvé et nous a transmis une énergie, un état d’expansion, un élan et le « sauf-conduit » pour se dresser, se mettre debout et construire un nouveau commencement en ouvrant les issues fermées. Il rêvait d’un monde où le peuple serait enfin populaire.

Cher CHARB tes doigts talentueux nous ont donné pour toujours des dessins lucioles. Nous t’en sommes immensément reconnaissants. Je ne suis pas seulement triste de t’avoir perdu, je suis surtout heureux de t’avoir connu. "

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