une déclaration de Patrick Le Hyaric

Les barbares

mercredi 7 janvier 2015

Chers Georges Wolinski, Cabu, Charb, Tignous et tous les autres, nous vous pleurons et nous ne vous oublierons jamais, fidèles à la puissance subversive de votre art qui vient de vous coûter la vie.

Il n’y a pas de mot pour nommer l’horrible attentat perpétré hier au cœur de Paris pour éliminer de sang-froid, un à un, nos amis, nos camarades de Charlie Hebdo réunis en conférence de rédaction. Un journal, ses journalistes, ses dessinateurs ont été abattus par des forces de la terreur. D’autres sont blessés dans leur chair. Face à des engins de guerre, ils n’avaient que leur plume pour se défendre.

Des familles sont endeuillées à jamais. Nous les assurons de notre compassion, de notre solidarité. Au-delà de la mort de nos camarades, c’est un attentat contre la création, l’intelligence et le droit de penser qui a été commis. Contre la liberté et la démocratie comme aux heures les plus sombres et les plus tragiques de notre histoire. La terreur et la mort sont les armes brandies contre la fraternité humaine, contre tout débat, contre la culture, contre toute velléité de s’émanciper au nom d’un projet réactionnaire et obscurantiste. Ne nous trompons pas !

C’est la République, ses valeurs, son histoire, ses lumières, sa laïcité qui sont visées. Cette République est celle de la tolérance, du respect de l’autre. Quoi qu’on en pense, l’écriture de Charlie Hebdo, ses dessins, ses caricatures, révèlent des faces cachées des turpitudes de ce monde et de ses acteurs. Pouvoir les publier comme contester leur contenu est partie intégrante du débat démocratique. La République unie doit s’exprimer sans attendre avec la force et la dignité que les circonstances requièrent. Nous serons de toute initiative qui permettra cette expression citoyenne, unie et rassemblée. Évidemment, nous refusons et refuserons de confondre ces barbares avec quelque religion que ce soit et nous amplifierons nos combats contre tous les racismes, l’antisémitisme comme l’islamophobie.

Nous ne pouvons pas non plus accepter le jeu cynique de ceux qui, pour des raisons politiciennes, depuis quelques mois, jouent avec les haines, les racismes, les extrémismes de droite, les amalgames avec micro ouvert pour cracher de différentes manières leur haine de l’étranger. Tout ceci nourrit le climat xénophobe délétère qui enveloppe la France depuis trop de mois. Nous appelons à sortir de ces jeux politiciens.Nous en appelons à la résistance face à l’affaissement du débat public. Les équipes de l’Humanité sont en deuil. Parmi les victimes abattues, avec la froideur et le cynisme le plus abjects, figuraient plusieurs de nos collègues et amis qui participaient chaque jour à enrichir notre journal avec leur immense talent, portant sur les événements du monde un regard critique et cinglant.

Chers Georges Wolinski, Cabu, Charb, Tignous et tous les autres, nous vous pleurons et nous ne vous oublierons jamais, fidèles à la puissance subversive de votre art qui vient de vous coûter la vie. Ce terrible drame et ces vies volées nous commandent de défendre pied à pied les valeurs de liberté, de tolérance, de fraternité et d’égalité. Dans ces heures tragiques, dans un contexte où les tensions ne cessent de monter, la République une et indivisible, tolérante, laïque et sociale, doit plus que jamais s’affirmer. Elle doit résister et faire front contre ces lâches et ces barbares.

9 Messages

  • Les barbares Le 5 février 2015 à 16:19, par Jacques

    Quand Dieu n’existait pas
    30 janvier 2015 à 19:26

    J’allume la télévision, la radio. Et ils sont là. Partout. Des religieux. De toutes confessions. Des durs. Des mous. Des excités. Des conciliants. Ils s’expriment. Au même titre que les élus, les chercheurs, les intellectuels. Ils formulent des analyses, émettent des préconisations. S’immiscent dans le débat public. Ils ont voix au chapitre. On les consulte. On écoute leurs recommandations. Leurs souhaits. Leurs exigences, même. Mariage et adoption pour tous. Fin de vie. Et même, depuis Charlie, fanatisme religieux (!), liberté d’expression (!!), laïcité (!!!). Ils sont là, partout, arpentent les plateaux. Et s’ils ne sont pas là, on parle d’eux. On tient compte de leur « sensibilité ». On nous dit qu’il faut veiller à ne pas les heurter. Et tant pis si, par leurs incursions hors des lieux de culte, ils heurtent les athées et nuancent d’emblée une laïcité pourtant non négociable.

    J’allume la télévision, la radio. Et me retrouve projeté dans des temps très lointains et très obscurs. Des temps que je n’ai pas connus. Et que je ne pensais pas connaître un jour. Parce qu’on se croyait délivrés. Affranchis. J’ai grandi en banlieue. Un écheveau de villes plus ou moins tranquilles, bien mélangées, avec leurs cités déjà sensibles, leurs lotissements et un reste de culture prolétaire à l’ancienne. J’avais des copains beurs, des copains blacks, la plupart vivaient dans les HLM. On ne parlait pas de musulmans. Ceux qui l’étaient ne s’en réclamaient jamais. Comme aurait dit Charb : ils faisaient le ramadan comme d’autres fêtaient Noël, par habitude et parce que ça rythmait l’année, rien de plus.

    On ne savait pas si untel ou untel était juif ou autre. S’il était pratiquant ou non. D’ailleurs les racistes n’étaient pas « islamophobes ». Ils se contentaient de détester les Arabes et les Noirs. Et on les emmerdait. Et l’antisémitisme était juste un truc immonde de très vieux cons, qui allait disparaître avec la dernière génération à l’avoir nourri. On avait grandi bercés par les disques de nos parents, Brel, Brassens et Ferré. On avait passé notre enfance à écouter Renaud, à regarder Coluche et Desproges, à s’endormir devant Polac et Cavanna. On chourait le Canard de nos pères pour dévorer les dessins de Cabu. Notre prof préféré nous faisait commenter les dessins de Charlie. On était tous un peu anars. On bouffait du religieux (curés imams rabbins tous dans le même sac), on se foutait des flics, de l’armée, de la nation, des fachos. Et l’internationale serait le genre humain. A nos yeux, la religion n’était qu’une vieille scorie déliquescente, un reste d’obscurantisme dont on avait mis des siècles à se délivrer mais ça y était, c’était fait, on tenait le bon bout. Il y avait bien quelques cathos de nos âges mais ils restaient entre eux dans leurs écoles privées, se retrouvaient au catéchisme, se côtoyaient chez les scouts. C’était juste des sujets de plaisanteries. Des types coincés et des filles pas futes-futes, dotés de parents bornés. Nous, les seules paroles du Christ qu’on se refilait c’étaient les dernières : un clou je glisse.

    Au final, qu’on soit blanc, black ou beur, la religion, c’était juste un hobby bizarre, un truc du dimanche matin pour la plupart, qui nous faisait un peu froid dans le dos parce que ça ressemblait quand même à un genre de secte et franchement, quand on les voyait sur le parvis de l’église en rentrant de la boulangerie, ils ne faisaient pas envie. Ils étaient tous gris tous fermés tous coincés dans leurs croyances irrationnelles et leurs principes étriqués. Mais on les plaignait plus qu’autre chose : avec tout ça, ils allaient rater Téléfoot. Nos parents ne nous démentaient pas, ceux qui avaient été élevés dans la religion nous répétaient combien nous étions chanceux de nous construire en esprits libres, guidés par des enseignants soucieux de former des citoyens éclairés et non par des curés. Quant à ceux des cités, dont beaucoup étaient vaguement musulmans, jamais je n’ai entendu l’un d’eux invoquer le Prophète, ni même mentionner le Coran. C’étaient d’autres temps.

    La citoyenneté, la liberté l’égalité la fraternité, et le combat qu’il fallait mener pour que ces belles paroles deviennent des réalités : c’était ça, le projet commun. Ce qui nous projetait ensemble vers l’avenir. La laïcité était un principe intangible. Et l’athéisme n’était pas une croyance parmi d’autres mais un idéal universel. On voulait bien admettre qu’il y ait encore quelques volontaires pour s’aveugler, on voulait bien apprendre à le tolérer, pourvu que tout ça reste dans le silence des églises, des synagogues et des mosquées. Que la religion demeure une occupation strictement privée et vaguement honteuse. Un genre d’hygiène personnelle. Comme le yoga, en plus sectaire. Ou les arts martiaux, en moins physique. Oui vraiment, c’était une autre époque. Une époque bénie.

    Olivier ADAM

    Source : http://www.liberation.fr/chroniques/2015/01/30/quand-dieu-n-existait-pas_1192366

    Répondre à ce message

    • Les barbares Le 5 février 2015 à 17:22, par laloi

      Qu’est-ce que ce texte prosélyte d’un intégriste athée vient faire sur ce site politique ? Vous viendrait-il à l’idée de publier le ressenti d’un loubavitch ?

      Répondre à ce message

      • Les barbares Le 6 février 2015 à 10:06, par simple citoyen

        Pour @laloi : c’est quoi exactement un ’’site politique’’ ? Pourquoi ce texte d’Olivier ADAM via LIBERATION n’aurait-il pas droit de cité ici ? Après Torquemada et cie sous l’Inquisition ,voici venu le temps des ayatollahs /coupeurs de têtes ...
        Merci à Jacques et au Maître Toilier pour cette diffusion savoureuse. ET Vive la liberté d’expression , on ne le dira jamais assez...

        Répondre à ce message

        • Les cons Le 6 février 2015 à 19:32, par laloi

          Si vous ne savez pas ce que signifie ce que vous demandez, je vous invite à ouvrir un dictionnaire ou à prendre des cours.

          Je savais que mon commentaire allait plaire aux intégristes athées dans votre genre. Vous ne valez pas mieux que ceux que vous combattez. Liberté d’expression n’est qu’un slogan en France. Je terminerai par cette citation "Français sans peur, chrétien sans reproche" (contrairement à vous).

          Répondre à ce message

          • Les cons Le 6 février 2015 à 20:49, par Gigi

            "La misère religieuse est tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’un état de choses où il n’est point d’esprit. Elle est l’opium du peuple."
            Karl MARX

            Répondre à ce message

            • Les cons Le 6 février 2015 à 21:14, par laloi

              Il fallait bien qu’un coco de base nous ressorte Marx. Je crois que les victimes du goulag ont une idée un peu plus précise de la misère que ce que raconte Marx.

              Répondre à ce message

              • Les cons Le 8 février 2015 à 17:48, par Gigi

                coco de base !

                Perdu. Quelle pauvre réaction.

                Ce n’était qu’une citation après une autre citation.

                Répondre à ce message

  • Les barbares Le 6 février 2015 à 12:05, par kikid’auber

    Allô allô Saint-Père vous m’entendez
    athée
    A comme absolument athée
    T comme totalement athée
    H comme hermétiquement athée
    É accent aigu comme étonnamment athée
    E comme entièrement athée
    pas libre penseur
    athée. Vers extraits d’un poëme de Jacques PREVERT ( La crosse en l’air 1936)

    Répondre à ce message

  • Les barbares Le 6 février 2015 à 18:24, par Albert

    Athée
    Oh,
    Grace à Dieu....

    Chantait Mouloudji

    Répondre à ce message