Châteaubriant et Aubervilliers

lundi 20 octobre 2014

Il y a soixante-treize ans des balles allemandes fauchaient vingt-sept vies, parmi eux trois albertivillariens Antoine Pesqué, Adrien Agnès et Raoul Gosset. Ce massacre, on le sait, ouvrait la voie à de nombreux autres. A vrai dire la violence n’allait cesser de marquer les années noires de l’Occupation qui virent les nazis de France et d’Allemagne marcher de conserve.

Un des chefs d’orchestre de cette collaboration dans la répression fut le maire d’Aubervilliers, Pierre Laval, dont on parle trop peu dans notre ville où son ombre continue pourtant de planer de ci de là. Or, il existe une responsabilité d’histoire et d’éducation à ne pas oublier Laval et cela ne peut se faire en ignorant ce que fut son système de pouvoir, fait d’opportunisme et de clientélisme, qui, au fond, s’articulait sur une vision du monde qui allait pleinement se déployer durant les années noires.

Cette tâche est d’autant plus nécessaire que continuent d’exister des opérations de révision de l’histoire qui passent bien souvent par d’inlassables répétitions d’approximations intéressées. D’aucuns s’efforcent aujourd’hui de renouveler le genre en y ajoutant un regard d’apparence informé et qui vise en quelque sorte à réécrire l’histoire.

Châteaubriant figure au cœur de ces manœuvres tant les symboles portés sont considérables. On se souvient du brigandage politicien orchestré par Nicolas Sarkozy à propos de la dernière lettre de Guy Môquet. On connaît moins l’opération plus récente conduite (toujours à propos de Guy Môquet), qui entend discréditer la figure et l’action du jeune martyr, jeter l’opprobre sur le parti communiste durant la « drôle de guerre », justifier en définitive les arrestations effectuées en raison de l’interdiction du parti et présenter Châteaubriant comme un quasi lieu de villégiature, en définitive presque enviable en ces temps généralement difficiles.

Au fond, les communistes n’auraient eu que ce qu’ils méritaient.
Il ne s’agit pas là de propos nouveaux.

Bien sûr la quasi-totalité des français fut longtemps ensevelie sous l’idéologie vichyssoise, convaincue de la nécessité d’une longue soumission et, dans ce contexte, nombreux étaient ceux qui voyaient avec effroi le spectre de la confrontation violente ressurgir. Même parmi ceux qui entendaient résister et qui cherchaient les moyens de le faire, reprendre les armes en France contre l’occupant et ses complices apparaissait comme une folie alors qu’un voile noir enveloppait l’Europe et que l’espoir de voir se briser à l’Est l’arrogance sanglante des avancées nazies n’existait pas pour l’heure.
Au sein même du parti communiste de dures discussions se déroulaient à propos de la stratégie de la lutte armée. Et l’on sait que le déclenchement spectaculaire de cette orientation, inaugurée par « le coup de feu de Fabien » le 23 août 1941 et bientôt poursuivie dans d’autres opérations spectaculaires (parmi lesquelles celles de Nantes et de de Bordeaux), ne fit pas l’objet d’une reconnaissance explicite immédiate de la direction du parti communiste.

L’on sait aussi que l’occupant et ses complices de Vichy tentèrent de jouer sur les hésitations qui se manifestaient pour manœuvrer l’opinion publique (ces opérations se prolongèrent d’ailleurs durant toute la période de l’Occupation).
Le 31 août 1944, Jacques Duclos déclarait devant le Comité central du parti communiste : « la propagande ennemie nous accusait de faire couler le sang de nos propres camarades. On essayait de détourner contre nous la haine que les fusillades d’otages devait mériter aux nazis » et il ajoutait : « Mais les martyrs de Châteaubriant, eux, avaient compris. Leurs dernières pensées avaient été pour nous dire que nous avions raison ».

Le plus extraordinaire dans cette histoire tragique fut que la politique des otages et des fusillades fut mise en échec. Certes la saignée fut terrible mais à chaque salve allemande ou vichyssoise répondaient des rafales qui faisaient, elles-aussi, des ravages dans les rangs ennemis. A tel point que les nazis durent constater l’échec de leur politique de terreur et modifièrent l’axe de la répression en organisant la déportation de masse des internés communistes.

Aubervilliers a payé un lourd prix à cette phase nouvelle. Citons seulement quelques noms de femmes communistes et FTP qui la subirent : Yvonne Carré, Hélène Cochennec, Fernande Collot, Alice Fauré, Régine Gosset, Marguerite Le Mault.
Pour toutes ces raisons conjuguées, et si l’on veut remettre Aubervilliers dans les pas de son histoire, il faut engager une réflexion sur le soulignement résistant de la ville qui pourrait prendre la forme d’un signalétique moderne et pédagogique, sans oublier personne et en bâtissant cette démarche dans un pluralisme de construction.

Ainsi brilleraient pour toujours, dans notre ville, les flammes de la Résistance.

André Narritsens

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une vue de la cérémonie devant le monument aux morts de l’hôtel de ville pendant l’allocution de Magali Cheret, maire-adjoint à la culture

1 Message

  • Vers une présence virtuelle ? Le 23 octobre 2014 à 16:08, par Léna

    La cérémonie d’hommage aux fusillés de Châteaubriant, a donné lieu, hier soir, à une très curieuse scène. En effet, les absents habituels (Verts, UMP, MODEM) ont vu renforcer leurs rangs par... le Parti socialiste !

    Des gerbes au nom de Mme Guigou et de la section/groupe socialiste étaient bien parvenues à la Mairie, mais n’ont trouvé personne pour être déposée au pied du monument aux morts !

    Le personnel communal a, en conséquence, dû se substituer aux défaillants.

    Au rythme où vont les choses on peut imaginer que lors d’une prochaine occasion l’hommage socialiste arrivera par Chronopost et même, qu’ultérieurement, on passera tout simplement à une dématérialisation : un message électronique suffira.

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