La lutte des intermittents et précaires

Jack Ralite : « Solidarité, frères et sœurs de combat et d’espérance »

Président d’honneur du comité de suivi, l’ancien animateur des États généraux de la culture dénonce une vie politique qui se corrompt sous la contrainte de la marchandisation ultralibérale.

vendredi 20 juin 2014

« La classe propriétaire de la richesse / Parvenue à une telle familiarité avec la richesse / Qu’elle confond la nature et la richesse », disait Pasolini.

C’est ainsi que le pouvoir actuel, en déni de son programme, trouve naturel que les riches aient le droit d’être plus riches, en offrant 30 milliards d’euros au Medef.

C’est ainsi, dans un même ­mouvement, que le pouvoir ­d’aujourd’hui tente de rendre naturel que les acteurs de l’art (artistes et techniciens) aient leur droit du travail remis en cause, qu’il s’agisse de la continuité professionnelle ou des annexes 8 et 10 de l’Unedic en cas de chômage.

Ainsi la vie politique se corrompt sous la contrainte ultralibérale faisant triompher sans pudeur le mal de la vie sur le bien de la vie. Cette aberrante « castration mentale », ce grand divorce d’avec la culture et la création doivent et peuvent être stoppés. L’histoire est pleine d’enceintes préfixées mais aussi pleine de tentatives pour forcer, pour rompre ce qu’on appelle hypocritement les règles du jeu, notamment ce «  principe de ruines  » dû à Jean-Pierre Jouyet et ­Maurice Lévy : «  Donner au capital humain un traitement économique.  »

«  Le meilleur témoignage que nous puissions donner de notre dignité, c’est la culture  », disait Charles Baudelaire, et répétait le président de la République le 19 janvier 2012 aux Biennales internationales du spectacle à Nantes. Vous ne tolérez plus que l’esprit des affaires et son chiffrage l’emporte sur les affaires de l’esprit et leur déchiffrage, ni que le collectif budgétaire de 2014 connaisse une diminution de 2,3 %. Vous refusez d’être traités comme si vous étiez en trop dans la société. Vous n’êtes pas engourdis dans une corporation mais libres dans une lutte intransigeante et ouverte, autour et pour vos merveilleux métiers qui sont bousculés aussi par les nouvelles technologies que vous voulez civiliser.

Toujours plus rassemblés entre vous, toujours plus solidaires avec d’autres qui renoncent à renoncer, vous utilisez votre pouvoir d’agir à l’étage voulu, avec vos sensibilités, vos imaginations, vos intelligences, vos disponibilités. Vous êtes souffleurs de conscience et transmettez une compréhension, une énergie, un état d’expansion, un élan. Adressez-vous à ceux qui rient, réfléchissent, pleurent, rêvent à vous voir et vous entendre jouer. Surtout que le fil ne soit pas perdu avec eux.

«  L’homme est un être à imaginer  », disait Bachelard. A fortiori les artistes et techniciens de l’art que vous êtes.

Solidarité, frères et sœurs de combat et d’espérance. Avec vous, comme disent beaucoup de personnages de Molière : ­« J’enrage ».

3 Messages

  • Solidarité de papier Le 28 juin 2014 à 13:01, par BLA BLA BLA

    « J’enrage » dites-vous. Soit ! Mais que diable Molière vient-il faire dans cette galère ? Car tous les Pasolini ne changeront rien au fait que ce discours, à portée nationale, sonne comme une tartufferie, au regard de la politique que votre beau-fils et votre parti mènent à Aubervilliers, à l’échelle locale. Tandis que vous cherchez les responsables de la trahison culturelle en haut lieu, cher Jack, la mairie Front de Gauche d’Auber décide de mettre fin aux expérimentations culturelles initiées dans le cadre des activités périscolaires gratuites pour tous les enfants d’Auber au motif que cela REVIENT TROP CHER (voir les articles d’Armand D. sur ce même site). La mairie PC d’Auber est désormais trop fatiguée pour continuer à soutenir les associations locales qui intervenaient auprès des enfants et qui faisaient vivre un nombre non négligeable de ces intermittents du spectacle que vous « défendez » si bruyamment. La nouvelle équipe municipale met fin à l’utopie initiée par le précédent maire et sacrifie la culture en milieu scolaire au nom d’un réalisme gestionnaire et comptable dont elle se fait gloire. Enfin les coûts vont être réduits, peu importe après tout que ce soit sur le dos des enfants et des intermittents ! Tant de grands génies convoqués dans un même discours, tant de verve et d’effets de manche pour une solidarité qui se révèle… de papier !
    Salutations attristées.

    Répondre à ce message

  • Censure sur la culture Le 28 juin 2014 à 13:10, par censure sur la culture

    Censure sur la culture
    C’est scandaleux ! Vous osez pérorer sur la culture et son financement, vous osez donner des leçons à qui de droit alors que la majorité municipale a décidé de couper les vivres à une formidable innovation artistique : la fabrique du film amateur. Et pourquoi ? : « faute de co-financement ». Là encore la Mairie se défausse, elle sacrifie au nom de l’argent. Mais attention, elle ne coupe pas n’importe comment dans les budgets. Tandis que le théâtre de la Commune continue de prospérer, parce qu’il est l’émanation directe des diverses municipalités communistes (voir l’engagement systématique de ses directeurs dans les différentes campagnes municipales), l’usine du film amateur est lâchée par Beaudet, ET LES INTERMITTENTS AVEC. C’était pourtant une formidable entreprise d’éducation populaire. Et on aurait pu espérer que vous auriez eu l’intelligence de vous en rendre compte au lieu de vous focaliser sur la couleur politique de ceux qui ont initié la chose. En matière de culture donc, deux poids, deux mesures. A croire que vous avez le projet de détourner l’idée même de culture pour en faire le bras armé de votre politique. Cela rappelle des formes éprouvées de censure.
    J’invite les intermittents et les responsables culturels à lire votre « appel à la solidarité » à la lumière de ces récentes coupes budgétaires dans la culture de votre municipalité.

    Répondre à ce message

    • Censure sur la culture Le 28 juin 2014 à 15:58

      Ces deux articles sont signés par une personne qui fait semblant de ne pas connaître Aubervilliers et son passé et son présent culturel. Nous n’avons pas attendu les socialistes pour faire rimerdepuis plus de 50 ans culture avec éducation populaire et Aubervilliers n’a à rougir devant aucune autre commune par rapport à son offre culturelle.

      Répondre à ce message