Intervention de Pascal Beaudet le 8 février 2014

À la mémoire de Suzanne Martorell

samedi 8 février 2014

Nous honorons aujourd’hui, comme nous le faisons depuis cinquante-deux ans, la mémoire de Suzanne Martorell en fleurissant la plaque apposée sur la façade de l’immeuble où elle résidait.

Le 8 février 1962, Suzanne Martorell, employée du journal L’Humanité, âgée de 36 ans et mère de trois enfants, est en effet, tombée avec huit autres militants, victime d’une police lancée à l’assaut des manifestants en cours de dispersion qui venaient dans le calme et la dignité d’exprimer leur opposition à l’Organisation de l’armée secrète (OAS) créée par les partisans de l’Algérie française. A l’appel de syndicats et de partis (PCF, PSU) ils avaient manifesté en riposte à l’offensive de terreur lancée par ce bras armé des colonialistes contre ceux qui, en France, luttaient pour la paix et le droit du peuple algérien à l’indépendance.

Suzanne Martorell était de ceux-là et participait à toutes les initiatives engagées dans ce but.

Lorsqu’elle avait quitté son domicile, en cette fin d’après-midi du 8 février 1962, pour rejoindre un des cortèges des manifestants démarré à la station de métro Filles-du Calvaire, elle ne savait pas que la tragédie serait au rendez-vous, boulevard Voltaire, à la station de métro Charonne. Certes les jours précédents la tension avait monté dans tout le pays en raison des attaques terroristes de l’OAS et des agressivités multiples des partisans de l’Algérie française. Tout cela témoignait du fait que l’on s’acheminait vers la reconnaissance du droit du peuple algérien à l’indépendance.

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C’était, pour les ennemis de l’indépendance, insupportable, pétris qu’ils étaient d’esprit colonialiste et d’arrogance, fermés aux aspirations à la liberté du peuple algérien. Ils avaient choisi la voie de la guerre et du massacre, soutenu les pires choses et haïssaient ceux qui en France et en Algérie défendaient les aspirations du peuple algérien. Ils vouaient une haine particulière aux militants du Parti communiste algérien qui se tenaient auprès de leurs frères dans le combat pour la libération.

Face à ce déchaînement de haines et de violences les progressistes de France faisaient front. Les actions qu’ils développaient avaient désormais atteint un caractère de masse. On était loin des courageuses mobilisations d’avant-garde d’une époque pas si lointaine.

Au lendemain de l’assassinat de Suzanne, l’émotion avait saisi le quartier du Pont-Blanc. Une banderole, installée entre la rue Hélène Cochennec et celle du Pont-Blanc, dénonçait le crime commis par la police. Le quartier pansait ses plaies Christiane Karman et Mme Renaudat avaient été aussi sauvagement matraquées.
Depuis ces moments tragiques tous les ans les communistes d’Aubervilliers rappellent ce qui s’est passé. Suzanne Martorell était une militante respectée de la cité Robespierre et du quartier du Pont-Blanc et c’est pourquoi les communistes d’Aubervilliers et les amis de Suzanne ne l’ont jamais oubliée.

En rendant cet hommage à Suzanne, je m’autorise à évoquer une de ses amies, récemment disparue, Carmen Caron qui habita aussi la cité Robespierre.

En effet, Suzanne et Carmen portaient haut le drapeau de l’action pour la justice sociale, pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Elles incarnaient la dignité ouvrière. Communistes, elles luttaient sans relâche.

Suzanne est tombée le 8 février 1962, et, depuis lors, Carmen et ses camarades du Parti communiste ont toujours salué sa mémoire en exigeant que toute la lumière soit faite sur le massacre de Charonne. La vérité à ce propos n’est pas encore établie et il est regrettable qu’un président de la République et un gouvernement qui se déclarent d’orientation socialiste fassent si peu à ce propos. Comme ils font si peu pour que toute la lumière soit faite sur l’assassinat de Maurice Audin, jeune mathématicien communiste, exécuté en Algérie par les parachutistes et dont le corps n’a jamais été retrouvé.

Nous n’aurons de cesse pour que toute la lumière soit faite sur le crime d’Etat perpétré le 8 février 1962. Alain Dewerpe, fils de Fanny Dewerpe elle aussi massacrée à Charonne a, dans un très grand livre, fait la clarté sur ce qui s’est passé. François Hollande et Jean-Marc Ayraud s’honoreraient à reconnaître la responsabilité de l’Etat dans la répression de Charonne et plus généralement dans tous les crimes commis en Algérie et dans les anciennes colonies.